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INTELLIGENCE COLLECTIVE : 5 questions à Caroline JEANTEUR

· Caroline Jeanteur,Inclusion,Divergences,Questionnemment,UBISOFT

Chief Strategic Innovation Officer chez Ubisoft, Caroline Jeanteur fait partie de ces personnes qui savent allier fond et forme, sagesse et accélération, tendances novatrices, efficacité et impact ! Executive coach dans une vie parallèle, elle apporte ainsi expérience et approche systémique et stratégique de Palo Alto aux leaders du changement, tout en raisonnant inclusion et économie de moyens… Nous avons parlé #ConstitutionDesGroupes #Différences&Inclusion #ImportanceDesConflitsEtDesDivergencesDeVues #Questions&Questionnement #Assemblage
#C’estParti ! Merci encore Caroline !!

INTELLIGENCE COLLECTIVE...

1/ Que recouvre pour vous ce terme ? Que signifie-t-il ?

Si je ne pense pas qu’il faille mettre l’intelligence collective à toutes les sauces, nous sommes aujourd’hui face à des problèmes tellement complexes que d’avoir une seule personne pour réfléchir aux sujets ne peut suffire. C’est le « 1 + 1 = 3 », qui signifie de rajouter une dimension supplémentaire, en lien avec l’interaction, la discussion et la relation qu’il va y avoir entre deux intelligences individuelles et plus. Et d’où va émerger quelque chose de différent, de nouveau, qui dépasse l’addition des points de vue des participants. Nous avons besoin de plusieurs expertises, de plusieurs façons d’envisager le problème et la solution. Et de faire appel à toutes les formes d’intelligences, qu’elle soit émotionnelle, somatique, etc.

Pour moi, l’intelligence collective est utile quand il y a…
- l’envie de comprendre ou de solutionner une question, un problème,
- en ayant à disposition des personnes qui ne pensent pas pareil, n’ont pas les mêmes réflexes, les mêmes formations, le même modèle du monde, la même façon de regarder le problème. Elles vont ainsi examiner le problème avec des angles différents, et c’est là où cela peut vraiment marcher.

2/ Vous semble t’il y avoir des ingrédients indispensables pour permettre à l’intelligence collective d’émerger et de porter ses fruits ?
Le premier porte sur le contexte et le climat ; j’entends par là une atmosphère propice permettant aux personnes d’oser s’exprimer. Cela paraît d’autant plus important que l’intelligence collective n’est vraiment intéressante que lorsqu’il y a confrontations et débats ; lorsque les gens ne sont pas d’accord. En effet, quand on arrive à intégrer les différences, il est alors possible de trouver quelque chose de vraiment intéressant. Pour pouvoir le faire, il est déjà nécessaire que chacun soit à l’aise pour s’exprimer ; puisse dire ce qu’il pense de manière authentique ; soit capable de tenir son point de vue même si les autres ne sont pas d’accord, et d’argumenter. Là nous sommes vraiment dans un contexte favorable.

Il y a aussi une question d’apprentissage qui me paraît importante. Individuel et collectif. Individuel… si vous être persuadé que votre idée est la meilleure du monde et que vous ne savez pas écouter, poser des questions, que vous n’acceptez pas que les autres aient un point de vue différent, cela va être compliqué… Et apprentissage collectif : dans mon équipe, nous avons mis en place des tours de table dans nos réunions ; quand quelqu’un expose un sujet, un projet, chacun s’exprime ensuite, sur la base de questions de clarification – « je n’ai pas compris ce que tu as dit, est-ce que tu peux réexpliquer » – ou des questions de challenge - permettant de faire avancer le débat. Et cela nous a réellement demandé un apprentissage.

Enfin, au-delà du climat propice et de l’apprentissage, il y a une 3ème condition : mettre en place le bon processus pour nous permettre de cheminer du point A au point B, et éviter de faire café du commerce ! Et ce processus, il se prépare et il s’anime !

3/ A contrario, quels seraient les freins et points rédhibitoires à l’émergence et au fonctionnement en intelligence collective – s’ils existent ?
Je vois déjà la peur et l’ego.

Peur de la réaction des autres. Pour le leader, il s’agit d’accepter de ne pas tout savoir, d’interroger et de faire appel à l’aide de l’équipe, de ne pas se conformer à l’image du leader qui aurait une vision claire de tout sur tout, ce qui n’empêche pas pour autant d’avoir une vision et de la faire partager. Pour les collaborateurs, oser exprimer son point de vue même s’il diffère de celui du leader ou des autres personnes de l’équipe.

 

L’ego, et notamment quand il y a des questions de pouvoir qui s’en mêlent. C’est aussi quand il y a nécessité que son point soit pris en compte voire suivi, appliqué. Il faut tenir à son idée mais pour les bonnes raisons, non pour être le plus fort ou avoir raison ! Si l’on veut faire de l’intelligence collective, il est important de ne pas imaginer avoir déjà la solution. Parce que de faire travailler une équipe sur quelque chose qui a été déjà décidé, et espérer que par la magie du collectif, le groupe va arriver au résultat attendu, c’est double peine ! – Rires !

4/ Pour un dirigeant, quels vous sembleraient être les 3 premiers pas pour que puissent s’installer des réflexes et fonctionnements en intelligence collective ?
Concernant le leader, le premier pas repose sur un travail sur soi
. Admettre de changer de casquette ; travailler sur son ego ; accepter de montrer sa vulnérabilité ; se mettre au service de l’équipe plutôt que de se poser en grand manitou.
Le deuxième c’est de poser la bonne question. Que la problématique, la question, soit posée clairement. Et de s’assurer qu’elle nécessite d’utiliser l’intelligence collective.
Enfin, le dernier point : faire le bon assemblage. Nous rejoignons les questions de diversité, d’ego, de formation, pour mettre autour de la table des personnes qui vont être capables de s’écouter, de travailler ensemble, de dépasser leurs différences et leurs conflits. Quel groupe va-t-on assembler autour de cette question pour trouver des solutions intéressantes et envisager le problème sous tous ses angles ?
Enfin, il est évidemment nécessaire de bien préparer le terrain, pour s’assurer qu’il puisse sortir quelque chose d’intéressant.

5/ Enfin, de votre point de vue, existerait-il des limites ou contre-indications à l’intelligence collective ?
La première serait de penser que c’est la solution à tout. Qu’il suffise de mettre de l’intelligence collective pour que cela marche ! Alors que nous sommes face à un processus qui se prépare en amont. Qui nécessite une formation, de savoir poser des questions, et de savoir écouter.

Il y a aussi souvent des erreurs liées au rythme de l’exercice. Souvent pressés par des contraintes opérationnelles, nous organisons par exemple un workshop sur 2 jours… alors que parfois il serait préférable d’alterner des moments collectifs structurés d’une demi-journée, d’autres moins structurés, le tout dans un temps plus long qui permettrait aux personnes de réfléchir individuellement entre ces séances, et d’aller chercher des inputs extérieurs. De mon point de vue, le Graal est atteint quand nous arrivons à dépasser les conflits. Ce qui ne se fait pas en posant juste des post-it avec des mots clés mais bien en allant discuter, chercher ce qu’il y a derrière les mots, ce que veut vraiment dire la personne. Pour cela, il faut prévoir de se donner du temps et accepter de passer par des moments un peu chaotiques

Un mot pour conclure?...
Je viens de lire un livre que j’ai adoré : « The book of beautiful questions »
. Et je pense que s’il y a un bon point de départ à une démarche d’intelligence collective, c’est d’apprendre à poser des questions; à soi-même et aux autres ! 😊

Merci encore Caroline! Propos recueillis le 18 septembre 2019 - Carole Babin-Chevaye

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