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INTELLIGENCE COLLECTIVE : 5 questions à Emery JACQUILLAT

· Emery Jacquillat,Camif,Camifathon,Anne-Laure Maison,Intell Collective

Proposer que le budget de l’entreprise soit réalisé par des collaborateurs n’ayant jamais fait cela de leur vie ? Organiser chaque année des rencontres tripartites entre consommateurs, sous-traitants et équipes de la Camif ? A l’heure du Grand Débat National, accueillir dans l’entreprise un Grand Débat organisé par des collaborateurs sur la transition écologique ? Si certains surfent opportunément sur des notions d’entreprises à mission, de développement durable ou d’intelligence collective, impossible de parler d’Emery Jacquillat, PDG de la Camif, dans ces termes ! Cet entrepreneur, entre sincérité, culot et engagement, embarque… ses équipes, partenaires, fournisseurs, parties prenantes. « Retrouver du plaisir en entreprise » dit-il aussi… Les nombreux moments d’intelligence collective qu’il ose et met en place avec ses équipes semblent y contribuer très largement, à tous les étages !

Merci beaucoup Emery, de ce témoignage ! #CParti !

INTELLIGENCE COLLECTIVE

1/ Pour vous, que recouvre ce terme d’intelligence collective ?
Face à l’enjeu d’aujourd’hui, où il nous est demandé d’inventer de nouveaux modèles – de production, de fonctionnement, de gouvernance – il n’est plus possible de travailler seul. De mobiliser l’intelligence collective est le meilleur moyen pour prendre en compte les différentes facettes d’une problématique et trouver des solutions originales. Pour cela, il s’agit de réunir autour de la table, pour les faire travailler ensemble, des personnes aux profils ou aux formes d’intelligence différentes, n’ayant pas forcément l’habitude de travailler ensemble.
C’est bien en réunissant des personnes aux expériences différentes, qui vont chacune enrichir le projet, que peut se produite l’émergence d’une intelligence dite collective.

2/ Vous semble t’il y avoir des ingrédients indispensables ou des points rédhibitoires pour faire de l’intelligence collective ?
Il y a en effet des conditions de succès. La première repose sur l’ouverture : celle d’accepter la diversité, ou d’entendre des choses qui peuvent, parfois même, aller contre ses propres convictions ! Cela signifie qu’il faut définir des règles du jeu acceptées par tous. Dont pour moi les principales sont la bienveillance et la confiance… Confiance, par exemple, d’accepter que l’on ne voit pas toujours, au début du moins, dans quelle direction les idées et échanges peuvent aller, car cela peut en effet parfois partir dans tous les sens ! Mais de garder sa confiance dans le processus mis en place, et dans le fait qu’il va aboutir à quelque chose d’une grande richesse. Telles sont les conditions de base.
Ensuite arrive la diversité. Si autour de la table nous n’avons que des ingénieurs, nous n’aurons pas d’intelligence collective. De même, si nous n’avons que des hommes. Ou que des femmes. Il faut vraiment qu’il y ait diversité ; si celle-ci n’est pas, s’il n’est pas prêté attention à la constitution du groupe, cela ne marche pas. Et à contrario, si nous ne sommes pas respectueux, pas à l’écoute, pas ouverts, ou si nous arrivons avec des solutions toutes faites, alors… ce n’est pas la peine d’y aller !

3/ Avez-vous en tête un moment, un dispositif ou une situation, où l’intelligence collective au sein de la Camif vous a semblé source de renouveau, voire source de disruption ?
Mais c’est cela à chaque fois que nous mobilisons l’intelligence collective !
La première expérience a été menée à l’occasion du Tour du Made in France, en 2014. Et depuis, chaque année, nous partons à la rencontre des fabricants avec qui nous travaillons, en invitant, le matin, nos clients et collaborateurs à visiter les usines. Et l’après-midi, nous organisons des ateliers créatifs pour imaginer de nouveaux produits et services que nous pourrions développer avec ce partenaire fabricant. Cela nous permet d’avoir autour de la table des clients, aux âges et profils variés, des collaborateurs de tous les services, et des collaborateurs du fabricant, de tous horizons. Evidemment, au démarrage, cela a bousculé un peu l’ordre établi ! Mais à chaque fois, c’est extraordinaire. Nous en ressortons toujours avec une liste d’idées plus longue que ce que nous sommes capables de faire. C’est finalement cela le problème 😊 !

Pour donner un exemple, lors du 1er tour du Made in France 2014, c’est à St-Loup-sur-Semouse chez Parisot, l’un de nos fabricants de meubles, qu’est né le bureau connecté, imaginé dans le cadre de cet atelier créatif. L’idée d’un bureau où il était possible de recharger son téléphone portable, d’avoir de la lumière et d’écouter sa musique en Bluetooth, sans les 25 000 câbles habituels, avait émergé. L’année d’après, lors de la 2ème année du Made in France, nous sommes retournés à St-Loup-sur-Semouse pour montrer le prototype de ce bureau et faire les derniers arbitrages avec les clients, que cela soit sur les fonctionnalités ou sur le prix. Ce produit est désormais l’un des best-sellers de notre rayon « Bureaux ».

Nous avons là touché du doigt quelque chose de très puissant, que nous avons progressivement démultiplié dans toute l’entreprise sur de nombreux sujets : le budget, l’offre produits de CAMIF Editions ou le banc du mardi - format où chaque mardi, se mettent en place de petits groupes de travail sur des sujets de réflexion proposés par les collaborateurs.

Ce qui est sûr, c’est que cette capacité à mobiliser l’intelligence collective et ce type de savoir-faire est un véritable atout pour l’entreprise.

4/ Finalement, qu’est-ce que l’intelligence collective a changé au sein de la Camif ?
En fait, elle a tout changé puisqu’elle est au cœur du projet. Nous avons ainsi fait le budget 2016 avec 9 collaborateurs qui n’avaient jamais fait de budget d’entreprise. Nous avions organisé des ateliers pour faire émerger les idées et projets, puis choisi ceux sur lesquels mettre des ressources l’année d’après. Et cela fait désormais partie de notre culture.

Donc qu’est-ce que cela a changé ? Tout !
Autre exemple : le Camifathon* où, pendant 3 jours, nous réunissons des experts de l’économie circulaire, des designers, clients et fabricants, afin d’imaginer les nouveaux modèles de notre catalogue ; sachant que ces modèles doivent impérativement s’inscrire dans un caractère local, durable, avec les principes de l’économie circulaire adoptés par la Camif pour incarner sa mission… Il est certain que cela change l’offre ! Et quand on change l’offre d’un site, on change tout !

Tour du Made in France, Camif

5/ Pour finir, quelle image auriez-vous envie de nous partager ?
Celles qui me viennent en tête sont des photos faites pendant le Made in France. Nous y allons généralement avec une artiste, Anne-Laure Maison, qui nous accompagne depuis 2010 – époque où nous avons souhaité vivre ensemble une expérience collective forte, et partager une nouvelle culture d’entreprise ; A-L. Maison avait alors partagé notre quotidien pendant 3 mois. Frappée par le fait que nous nous envoyions des e-mails à longueur de journée, elle eut l’idée de matérialiser au sol, par du scotch rose, le chemin que faisaient les collaborateurs, dès que l’un avait la démarche de se lever et d’aller parler à quelqu’un d’autre. Progressivement l’entreprise s’est recouverte de ces bandes roses. Qui chaque jour - car elles sont ainsi restées sous nos pas et sous nos yeux pendant 5 ans, jusqu’à notre déménagement -, nous rappelaient l’importance du lien. Car telle est bien la véritable richesse d’une entreprise : cette capacité à créer du lien avec toutes ses parties prenantes, collaborateurs, clients, fournisseurs, territoire.

Depuis, chaque année, quand nous faisons le Tour Made In France, nous terminons la journée avec des photos de tous les participants, ouvriers, clients, collaborateurs, prestataires, dans l’usine, en reprenant l’idée du sotch rose, symbole de ces liens nécessaires !

Et je pense que c’est cela la caractéristique de l’intelligence collective :
des moments d’échanges et de partages vécus ensemble.
Qui font grandir tout le monde.
Dont chacun ressort enrichi, grandi, ayant appris quelque chose.
Des moments où nous nous écoutons, où nous nous respectons, où nous nous nourrissons les uns des autres… C’est puissant.

Merci encore Emery! Interview du 1er octobre 2019 - Carole Babin-Chevaye

Illustrations : photos Camif, issues du Tour

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