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INTELLIGENCE COLLECTIVE : 5 questions à Louise BROWAEYS

· Louise Browaeys,Permaculture,RSE,3 écologies,Frugalité

Auteure de livres sur l’écologie, consultante en Responsabilité Sociétale et Environnementale (RSE), facilitatrice, Louise Browaeys sème et cultive sur le vaste sujet du vivant. Elle fait partie de ces personnes pour qui la congruence est maître mot… aligner ses pensées, actes et mots, vaste programme ! Ingénieure agronome de formation, Louise compose sa partition sur la base des « trois écologies » de Félix Guattari : l'écologie intérieure (connexion à soi), relationnelle (le vivre ensemble) et environnementale (réduction de nos impacts). Nous avons ainsi parlé de #Permaculture et de #Permaculture Humaine, des #3Ecologies, d’#Energie, de #Responsabilité, de #Joie et de #Frugalité.
Un super grand merci Louise ! #C’estParti !

INTELLIGENCE COLLECTIVE...

1/ Pour toi, que recouvre ce terme d’intelligence collective ? Et peut-on faire un lien entre intelligence collective et permaculture ?
Si je devais définir l’intelligence collective, je parlerais de relier. De révéler. D’enthousiasmer. En y intégrant l’idée de frugalité, pour faire avec ce que nous avons, nos cerveaux, crayons et papiers. Et avec lesquels nous pouvons faire beaucoup !

Quant au lien avec la permaculture, les deux se recouvrent beaucoup, si l’on parle de la branche de la permaculture appelée permaculture humaine. La permaculture n’est en effet pas que jardinage, elle concerne aussi les organisations, les groupes. Ses 12 principes offrent ainsi un prisme pour mener un groupe et faire vivre cette intelligence collective - voir ces 12 principes en bas de page.

Si l’on prend par exemple, le premier des principes : « Observer et interagir », nous parlons bien de l’une des bases de l’intelligence collective ! S’observer, observer les autres ; voir comment nous allons pouvoir interagir, avec différents outils comme le bâton de parole, le cercle, etc.
Le second principe, « Collecter et stocker l’énergie », évoque l’énergie du groupe. Les questions portent ici sur le… Comment collecter cette énergie dans la durée ? Comment animer cela sur le long terme ? Comment stocker cette énergie, cette créativité ? A l’heure où il est beaucoup question d’énergie et d’énergie renouvelable, quoi de plus renouvelables et locales que l’intelligence et la créativité, ce que l’intelligence collective permet d’aller chercher !
Le troisième principe de la permaculture, « Créer une production », peut à la fois évoquer quelque chose d’assez abstrait, mais aussi de très pragmatique, les pieds dans la terre. Action ! Ce qui est aussi le cas dans l’intelligence collective : il y a des moments où nous sommes dans la théorie, en idéation ou à parler de nos émotions, mais sans jamais perdre de vue la notion de livrable. L’importance d’avancer.

2/ Te semble t’il y avoir des ingrédients indispensables pour vivre et fonctionner en intelligence collective ?
Je pense qu’il faut déjà qu’il y ait des capacités d’abstraction en présence, et d’avoir travaillé un tant soit peu sur soi. Être capable d’oser sa créativité, de poser des questions, de s’exprimer, de faire preuve de discernement. S’il y a cela, la somme va être supérieure au tout. Clairement !

Je pose souvent ce triangle : Joie – Frugalité - Responsabilité. Triangle où les 3 ingrédients se nourrissent et se renforcent. Responsabilité… de ce que je dis, pense, reçois ; de ce qui m’émeut et ne m’émeut pas ; de ce que j’ai envie de dire ou de ne pas dire. Responsable aussi envers le groupe et envers le monde. Responsabilité par rapport à des enjeux matériels : est-ce que je suis là avec 40 gobelets en plastique autour de moi ? Comment je me comporte ? Comment je diminue mon empreinte carbone, même quand je facilite ?
Il y a ici le respect de soi, des autres, du monde. Une congruence, ou symétrie des attentions, que je trouve très belle.

3/ A contrario, quels seraient les freins et points rédhibitoires à l’émergence et au fonctionnement en intelligence collective ?
Pour travailler souvent via le lien « Responsabilité Sociale des Entreprises (RSE) - intelligence collective », je m’assure de 2 prérequis : y a-t-il…
1/ un véritable engagement de la direction, voire la volonté du dirigeant.e de se transformer lui(elle)-même. Ce qui correspond à une prise de conscience sur le « On va travailler autrement », qui va impulser et donner les moyens nécessaires ;
2/ l’envie de « jouer collectif » ; que cela ne soit pas juste du collaboratif-washing, mais une véritable attention, authentique, dans la durée, avec l’envie de chercher.

« Agir c’est connaître le repos »

4/ Pour un dirigeant, quels te sembleraient être les 3 premiers pas pour que puissent s’installer des réflexes et fonctionnements en intelligence collective ?
Mon premier réflexe est généralement de reconnecter les gens sur la notion de plaisir ; la joie comme moteur – comme évoqué dans le triangle Joie-Frugalité-Responsabilité."Qu’est-ce qui vous fait plaisir, vous touche ?" Dans le cadre d’une réflexion collective sur la RSE, l’un répondra qu’il a vraiment envie d’arrêter l’usage du plastique dans son cadre professionnel, l’autre de lancer un journal interne en lien avec l’écologie pratique, etc. Je les connecte avec quelque chose qui va les mettre en mouvement, avec la joie que cela va générer. Et nous allons commencer par cela. De même pour l’intelligence collective : "Qu’est-ce qui vous toucherait ? Cela serait de réunir tel service sur tel sujet ?", et nous commençons là. S’il n’y a pas de plaisir à la clé, c’est un peu mort et désenchanté.

Concernant la transformation de l’entreprise, et même si ce n’est pas un des premiers pas, ce qui marche bien est de constituer une communauté de facilitateurs en interne. Facilitateurs qui ne font pas forcément cela à temps plein. C’est vraiment la question de... donner du poisson ou apprendre à pêcher ?

Dans un autre registre, et tout simplement, cela peut commencer par enlever tables et ordinateurs des réunions, prendre un bâton de parole et donner à chacun le temps de son expression. Cela peut sembler basique mais change déjà beaucoup de choses !

5/ Enfin, de ton point de vue, existerait-il des limites ou contre-indications à l’intelligence collective ?
Je pense que si le dirigeant n’est pas prêt à se transformer lui-même, à prendre des risques ; à peut-être désapprendre des choses ou à remettre en question des façons de travailler qu’il a pratiqué pendant des années voire des décennies ; à se retrouver dans une réunion et y être en posture basse ; être à égalité dans ses contributions avec les autres, alors… c’est compliqué. S’il n’y a pas cette graine-là, je pense que cela est difficile.

J’aime beaucoup cette phrase : « Agir c’est connaître le repos ».
Je trouve cela merveilleux ! Cela évoque la possibilité d’entrer dans la danse ; de sortir du spectacle terrifiant de la débâcle écologique et sociale, d’agir. Il y a beaucoup de façons d’agir, même modestement. L’intelligence collective en fait partie.

Merci encore Louise ! Propos recueillis le 20 septembre 2019 - Carole Babin-Chevaye

Les 12 principes de la permaculture selon David Holmgren - L'un des 2 fondateurs de la permaculture :

1) Observer et interagir
2) Capter et stocker l'énergie

3) Obtenir une production

4) Appliquer l’autorégulation et accepter à la rétroaction

5) Utiliser et valoriser les ressources et les services renouvelables

6) Ne produire aucun déchet

7) La conception, des grandes structures au détails (design from pattern to details : La conception, des motifs aux détails)

8) Intégrer au lieu de séparer

9) Utiliser des solutions lentes et à petite échelle

10) Se servir de la diversité et la valoriser

11) Utiliser les bordures et valoriser la marge

12) Face au changement, être inventif

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