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INTELLIGENCE COLLECTIVE : 5 questions à MARINE SIMON

· Marine Simon,Solstice,Intell Collective,Au-delà des Nuages,Permaculture

Interviewer Marine Simon, c’est prendre un bain de douceur sur fond de mots clairs, précis, pesés.
C’est aussi rencontrer une femme qui, depuis plus de 13 ans, accompagne au quotidien toutes sortes de groupes en Intelligence Collective, inspirée par les principes du vivant, entre associativité et coopération.

De l’Intelligence Collective, elle dit qu’elle permet de se parler sans se mépriser, d’additionner, de multiplier nos intelligences et nos talents pour trouver ensemble des solutions plus inclusives, innovantes et résilientes. Cela rejoint son moto, dont elle fait son activité : être autrement humains sur cette Terre…  

Anciennement art-thérapeute et coach, cette consultante, formatrice & facilitatrice en Intelligence Collective et gouvernance participative dit d’ailleurs de ces processus qu’ils tiennent du développement personnel solidaire. Voilà bien de ces rencontres comme je les aime !

Merci encore @Marine! Et merci à l'alchimiste @StéphaneRiot pour le lien!#C’estParti...

1/ Quels seraient, de votre point de vue, les ingrédients indispensables pour faire prendre une démarche d’Intelligence Collective au sein d’un groupe ?

L’Intelligence Collective est, pour moi, comme un spot de 1 000 watts braqué sur un écosystème. Chacun y étant libre de s’exprimer, ce qui était caché pour plein de bonnes et mauvaises raisons est mis en lumière et demande à être accueilli et géré. Cela peut s’avérer très déstabilisant pour l’ensemble des acteurs. Passer d’un mode de fonctionnement et de décision top-down à un management participatif avec des processus qui permettent à chacun d’expérimenter la sécurité, l’équité, la liberté et la responsabilité peut créer une sorte de déflagration culturelle.

Les pratiques d’Intelligence Collective peuvent faire rêver de plus d’implication, d’innovation, d’enthousiasme. Et c’est bien ce qu’elles apportent, avec leur lot de chaos aussi, parfois, dans un premier temps. Cette phase peut être vécue difficilement par les managers et les dirigeants qui se pensaient prêts à l’aventure et ne le sont pas totalement. Au cours de mes accompagnements, je veille à ce qu’ils puissent dire où ils en sont pour acquérir une sécurité intérieure suffisante.

2/ Qu'est-ce qu'induit, de votre point de vue, au niveau de l’individu et pour le groupe, une démarche d’Intelligence Collective  ?

Nos blessures égotiques ne sont pas le fait de nos relations avec les arbres ou les oiseaux, mais bien avec d’autres humains ! C’est au sein de notre espèce que nous nous blessons et que nous bâtissons nos croyances à propos de … ce que je peux dire ou non, de la place que j’ai ou pas, etc. Nos modes relationnels traditionnels nourris de débats, de jeux de coudes pour faire valoir son avis, entretiennent ces blessures.

A l’inverse, les principes d’Intelligence Collective posent une membrane de sécurité autour des groupes et des individus. Lorsqu’on pratique le tour de parole, que l’on dissocie les personnes et les avis, qu’un facilitateur est gardien du cercle et des règles, etc., les usages de notre grammaire relationnelle courante comme le mépris, le fait d’interrompre ou d’être interrompu, de revendiquer son idée ou de jalouser l’idée de l’autre, n’ont plus leur place. Cela permet de vivre des expériences de réussites relationnelles extrêmement importantes — plus ou moins rapides en fonction des personnes. Chacun a ainsi l’espace de partager ce qui est important pour lui, qu’il s’agisse d’une opinion, d’une émotion, d’un ressenti, sans être rabroué. Il s’agira juste de le partager au moment prévu dans le processus qui en permettra le traitement pour aider le groupe à avancer, à trouver la meilleure solution à ses problématiques. Ce changement de culture est assez énorme et permet aux personnes de grandir vraiment, de se déployer.

Je remarque aussi que les membres d’une équipe travaillant depuis quelques temps en Intelligence Collective discernent plus facilement ce qui relève de la personne et de la fonction, et ce qui appartient aux enjeux systémiques du groupe, un peu comme si elles avaient accès aux coulisses de leur propre écosystème. Progressivement les choses se « déconfusent ».

Ces pratiques créent des espaces de sécurité dans lesquels chacun sait qu’il va pouvoir aborder des choses difficiles et que le processus va permettre de trouver des solutions favorables à l'ensemble, avec respect et sans débat. Cela améliore grandement les relations et la confiance entre les membres d’un groupe.

C’est très apaisant pour le collectif. Et cela lui donne un champ d’innovation qu’il n’avait pas.

3/ Quels vous semblent être les principaux freins — s’il y en a — ou points de vigilance pour emmener les groupes dans des pratiques et fonctionnements d'Intelligence Collective ?

Il y a quelques années, j’avais interrogé un grand nombre de personnes à propos du niveau de satisfaction de leurs réunions professionnelles. Pas une ne s’était dit satisfaite, mais pas une non plus n’envisageait changer quoi que ce soit dans la manière dont se déroulaient ces moments. Prendre le temps d’améliorer nos pratiques n’est pas évident. Il y a toujours plus urgent à faire...

Se focaliser sur l’opérationnel est aussi plus facile que de décider de sa gouvernance ou de régler tel ou tel problème, même si celui-ci handicape depuis des années et crée de la perte de temps. Le premier frein est donc pour moi la difficulté à consacrer suffisamment de temps. Un changement de culture profond.

D’autres freins peuvent également exister comme des luttes de pouvoir, les hiérarchies informelles, etc. Lorsqu’on met en place des pratiques d’Intelligence Collective, tout cela est remis en question. Si la motivation des personnes qui jouissaient de certaines prérogatives était de faire bouger les choses, elles trouveront leur compte dans ces pratiques. Mais si cela servait leur pouvoir, elles risquent de chercher à le maintenir et cela peut emmener le collectif à une crise … souvent salutaire.

4/ Quel lien pourrait-on faire, s’il fait sens, entre l’Intelligence Collective, la permaculture et le vivant ?

La vie est apparue sur Terre, il y a quelques 3,8 milliards d’années ; autant de temps consacré à la recherche de solutions qui entretiennent les conditions de la vie. Elle a réussi son test de durabilité ! Nous, pas encore. Parmi ses stratégies préférées, l’associativité, comme dit Jean-Marie Pelt, et l’intelligence collective entre les espèces. Nous intégrons cela progressivement. Lorsque cette coopération dans le Vivant a été découverte, jouxtant aussi la compétition à l’intérieur des espèces, nous n’en avons pas tenu compte car, philosophiquement, nous n‘étions pas prêts. Nous avions de grands territoires à conquérir et l’avenir du capitalisme naissant à assurer.

Pour moi, pratiquer l’Intelligence Collective, c’est accepter l’héritage du vivant. David Holmgren et Bill Mollison, les fondateurs de la permaculture, s’inscrivent dans cet héritage et sont parvenus, à mon sens, à proposer une philosophie pratique qui est un véritable mode d’emploi pour une humanité biocompatible dans toutes les sphères de nos vies. Observer avant d’interagir, prendre en compte ce qui est présent, favoriser la diversité, chercher à intégrer sans cesse plutôt que ségréguer, … nourrir le sol. La forêt, qui est leur écosystème de référence, passe son temps à nourrir son sol, lequel est truffé de champignons, de mycélium entrelacé au réseau racinaire, de bactéries, de petits insectes qui transforment les feuilles, le bois mort et les déjections animales en humus nourrissant. Tout cela fonctionne véritablement en Intelligence Collective.

5/ Pour une équipe, un projet, une entreprise qui voudrait s’installer dans de nouveaux réflexes d’Intelligence Collective, y aurait-il un ou plusieurs premiers pas importants ?

L’Intelligence Collective est essentiellement expérientielle. Tant qu’on ne l’a pas pratiquée, il est difficile de se faire une idée de ses bénéfices directs et indirects. De ce fait, il est préférable de démarrer par une expérience concrète, sur un sujet d’exploration. Cela permet de tester cette nouvelle manière de fonctionner : le tour de parole, la parole au centre, la pondération des idées, etc. Et de voir ce que cela donne, si c’est apprécié par le collectif. Après, seulement, on peut démarrer plus grand… ou pas. Ce n’est pas toujours le bon moment.

Et pour finir ?...

J’aurais envie de dire que les pratiques d’Intelligence Collective bien menées sont peut-être ce dont nous avons le plus besoin aujourd’hui, parce que nous allons devoir tout réinventer. Et plus nous serons en capacité de nous parler sans nous mépriser, d’additionner, de multiplier nos intelligences et nos talents plutôt que de les diviser ou de les soustraire les uns des autres, et mieux nous passerons le cap. En 13 ans, j’ai pu vérifier que tous les humains sont intelligents et créatifs. Ce sont nos systèmes relationnels, culturels, hiérarchiques qui ne permettent pas de mettre cela en lumière.

Marine SIMON, consultante, formatrice & facilitatrice en Intelligence Collective et gouvernance participative
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