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INTELLIGENCE COLLECTIVE, à l'heure d'un télétravail imposé : 5 QUESTIONS à Fabienne COTTRET

Ingénieure agronome, coach, devenue facilitatrice des transitions par le dessin, le collaboratif et la permaculture, Fabienne Cottret est ainsi « accompagnatrice d'entreprenant.e.s ». Derrière un sourire calme et des mots plein d’images, c’est d’énergie que parle Fabienne.
De vagues et de vivant.
Laissant place à de saines colères comme à sa passion des voyages, tout autant intérieurs que lointains. Son besoin de déracinement régulier parle de déménagements mais plus encore, de cheminement comme en témoigne son blog "En Chemin vers Compostelle".

Rencontrer Fabienne, passionnée de pâtisserie, toute en curiosité comme en gourmandise, c’est aussi tisser des passerelles entre le vivant et la joie, la créativité et la biologie, le dessin et le biomimétisme. Nous avons ainsi parlé de #Facilitation, de #PenséeVisuelle, de #Voyages et de #Permaculture… ceci même à l’heure d’un confinement ! Merci encore Fabienne. #C’estParti

1#Facilitation : tu parles de faciliter le travail collaboratif. Que doit, que peut permettre la facilitation? De quoi doit-elle se préoccuper ? Et ces notions-là sont-elles toujours d’actualité en cette fin mars 2020 ?

Le premier mot-clé qui me vient est qu’il s’agit d’une certaine façon d'être ensemble, de réfléchir ensemble, d’être bien ensemble. La facilitation peut ainsi ramener ces notions dans des endroits qui les avaient oubliées. Se pose alors la question du prendre soin, à commencer par prendre soin du groupe, le mettre dans les meilleures conditions afin que chacun puisse donner la meilleure version lui-même. Lorsque l’on crée ces conditions, l'ensemble et le partage peuvent alors émerger.

En coaching, j'utilise aussi un modèle de vague qui avance. Quand on regarde l'océan et la mer, les vagues peuvent être grandes ou petites, mais elles sont continues ; processus répétitif qui, chaque fois, peut nous emmener ailleurs tout en repassant par des phases similaires : la construction de la vague, sa montée, puis la retombée. Nous y observons comment nous avançons dans la pensée, comment nous en sortons différents.
A chaque fois, nous nous reposons la même question : comment, cette fois-ci encore, transformer, en jouant sur le fait que l’on a déjà « traversé » quelque chose de similaire. Ce travail permet de se relier à l'autre et à soi.
Un groupe qui avance, ce sont aussi des individus qui avancent à leurs rythmes.
 

La situation dans laquelle nous sommes aujourd’hui globalement, ce « confinement », me semble agir - et agira - comme un « effet loupe » nous révélant l’imbrication de ces 3 liens…

- le lien à soi, forcé, souhaité voire même joyeux, selon les cas

- le lien aux autres, distanciés, douloureux ou complexe pour certains foyers

- le lien au global, au vivant, criant dans l’émergence de l’épidémie et la vitesse à laquelle elle est devenue pandémie.

Quant au fait d’être ensemble, nous goûtons via les outils numériques, et goûterons de visu, après le confinement, à quel point cela nous est essentiel !

2#Pensée visuelle… Tu emploies l’expression de pensée visuelle plutôt que de facilitation graphique (sorte de modélisation graphique d’une discussion, conférence ou réunion en temps réel). Tu peux préciser ?

La pensée visuelle est pour moi plus large que la facilitation graphique, qui recouvre très souvent la seule récolte graphique. Bien sûr, cela fait un beau compte rendu. Mais cette notion me semble limitante, voire un peu frustrante : il y a tellement plus de choses ! Et c’est ce plus de choses que je mets dans la pensée visuelle. Qui permet de faire un beau compte-rendu ou une belle fresque, certes, mais aussi d’utiliser cette matière pour aider à réfléchir autrement, à décaler le regard, à repositionner les idées, à les faire vivre. La pensée visuelle reproduit la façon dont on associe les idées dans le cerveau - on ne raisonne pas en boulet points, linéairement, comme dans un PowerPoint ! Cela se fait de façon plus systémique, et organique : images, expériences et mots sont associés. La pensée visuelle reproduit cela sans que l’objectif soit esthétique ; la façon d'utiliser le graphisme dépasse cet unique résultat.

Enfin, la pensée visuelle est libre. Il y a quelque chose de plus large que… « je prends en note et c'est joli. » Le produit final n'est pas le but, c'est vraiment le chemin qui va déjà nous permettre ce décalage et d’aller chercher de nouvelles choses, parfois très loin.

3#Voyage : ce mot ressort beaucoup dans tes mots, images et références. Comment l’as-tu intégré dans ta pratique ? Et à l’heure d’un repli mondial, cette référence au voyage fait-elle encore sens ?

Je parle beaucoup, en effet, du « voyage », mais aussi de « cheminer »…

De fait, je suis une voyageuse, marcheuse en itinérance, qui aime se confronter à la différence. Le voyage, c’est d’abord cela : se décentrer, et aller voir ailleurs. C’est ce rapport de relativité, du changement de repères et d’habitudes. De là, on comprend qu’on peut voyager sans aller bien loin.

Après avoir vécu moi-même des expériences de voyages tout autant que de cheminements, j’aime accompagner ces mouvements sur les différentes étapes : ce que nous allons faire mourir, revenir, venir construire ou ébranler — croyances, images de soi, etc. — pour revenir progressivement à l’essentiel. Ce que j’aime aussi beaucoup dans cette approche, c’est cette impression de partir en voyage aux pays des autres. Aller découvrir comment cela marche chez les autres, avec leurs repères ; qui ils sont, comment cela marche dans telle entreprise ou telle organisation, chez telle personne. C’est vraiment ce mouvement de sortir de soi pour revenir ensuite sur ce que cela génère et peut créer comme lien. À nouveau, la transformation n’est pas au bout du chemin : elle est au rendez-vous de toutes les étapes à franchir.

Dans la période dans laquelle nous sommes, le confinement et l’isolement peuvent nous amener, voire nous obligent à partir en voyage « au pays de soi », qui pour certains restent un pays étranger. Voyage immobile…

Il s’agira aussi d’évoluer collectivement, en cordée et encordés dans nos systèmes. Quand on voyage en groupe, le groupe devient l’unité, avec la confiance pour ciment. Je reste émerveillée de voir comment, lorsque l’on voyage en itinérance dans des conditions simples, voire rustiques, dans l’incertitude des lieux ou des conditions météorologiques, l’ensemble peut prendre le pas sur le chacun. Et comment le groupe peut aider finalement chacun à continuer d’avancer, à y croire. Il me semble que nous sommes globalement dans un de ces moments d’incertitude de notre voyage.

4#permaculture : d’où vient-elle dans cette histoire de facilitation — si elle est en lien ? Qu’ajoute-t-elle à ton panel d’outils ou de référence ? Mais aussi, un lien entre permaculture & Corona?

La permaculture permet de transformer le regard pour se reconnecter à la joie.

Mais aussi… j’étais en train de quitter le monde du salariat pour m’installer à mon compte ; je cherchais, rencontrais des gens et écoutais des conférences autour de la permaculture, attirée par cette direction sans bien comprendre par quoi précisément. Quand, un jour, écoutant une conférence de Perrine Hervé-Gruyer - de la ferme du Bec Hellouin, je l’ai entendu exprimer cette idée de la permaculture comme étant l’intelligence collective appliquée à la terre. Ce jour-là, j’ai compris ce qui m’attirait - au-delà d’attirer mon cerveau d’agronome ! Et c’est là que j’ai fait mon switch, et qu’en passant par la permaculture, j’ai atterri sur la facilitation et l’intelligence collective, d’où les liens que j’y vois et qui sont une sorte de guide.

Pour aborder cette période si particulière, s’appliquer les principes de la permaculture me semblerait source d’inspiration ; tant pour nous que pour nos systèmes et nos organisations.

5#EtPourConclure, à l'heure où nous vivons cette situation exceptionnelle d’un confinement massif ?...

Il me semble important, dans la mesure où cela est possible, d’accepter de vivre L’Expérience.

Sans aller contre ni résister.

Ce qui se produit ne peut être modifié. Lutter contre serait perdre de l’énergie, de cette énergie dont nous avons et aurons tant besoin. Cela demande de s’entourer — même à distance — ; de parler, demander de l’aide, d’essayer de faire autrement et différemment… mais permettra sans doute de découvrir de nouveaux chemins des possibles.

Mon credo, c’est la joie. Celle de reconnecter les vivants à leur vivant.

Quel que soit l’approche, l’outil, la façon, tout concourt à une chose : se sentir être au monde, avec les autres, à travers ce qu’on peut produire.

Et s’autoriser à rêver. Je défends le rêve à fond, en me disant « soyez, soyons utopistes, soyons rêveurs ! »… Un rêve, des rêves de nouveaux possibles plus que jamais d’actualité !

Merci Fabienne!

Quelques liens :

- le "blog dessiné" de Fabienne, pélerine sur le Chemin de Saint-Jacques de Compostelle, soit 1 600 km à pieds et 67 jours de dessins au jour le jour

- son site, pour émulsionner le vivant des vivants : fabiennecottret.com

- la ferme du Bec Hellouin, de Charles et Perrine Hervé-Gruyer : un site qui parle d'histoires de vies, de permaculture, de recherche et de philosophie

- Tous les articles de ce blog, entre conduite du changement et intelligence collective

- La newsletter de ce site

Echanges entre le 6 mars et le 20 mars 2020. Carole Babin-Chevaye

Architecte de liens et de croissance, c'est avec les outils de la conduite du changement et des processus d'intelligence collective que j'accompagne les dirigeants, startupers et managers, qui, s'ils sont clairs dans leur stratégie, se retrouvent souvent seuls face à des équipes surchargées, aux trop nombreux dossiers et planning engorgés. Objectifs : retrouver des équipes avançant ensemble avec envie et enthousiasme, dans des organisations permettant à chacun d'apporter sa couleur propre.
Les 3 leviers de ma méthode :

1. Inspiration -> regarder ce qui se fait ailleurs, dans d'autres secteurs, d'autres directions, et réveiller l'en-vie d'avancer

2. Intelligence collective -> recréer du lien et des zones de dialogues, pour générer un « travailler ensemble »

3. In-formation -> inscrire dans la durée de nouvelles postures et engrammer ces nouveaux comportements.

Plus d'infos sur http://www.cbabinchevaye.com/ ou contactez-moi : cbc (@) cbabinchevaye.com.

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