• Laisser mourir pour mieux renaître avec Pascal Picq, paléoanthropologue

    Uchronie* de l'épisode 13 du podcast "Dites à l'Avenir que nous arrivons"

    *Uchronie, sur wikipedia : Selon l'inventeur du terme, Charles Renouvier, l'auteur d'une uchronie « écrit l'histoire, non telle qu'elle fut, mais telle qu'elle aurait pu être, à ce qu'il croit ».

    Dans le cadre de ce podcast, mise en perspective sur les 20 ans à venir d'idées poussées par les invité.e.s de ce podcast dans un texte co-écrit par Carole Babin-Chevaye et Mathieu Baudin, directeur de l'Institut des Futurs souhaitables - lu à l'antenne par ce dernier -, à partir de propos recueillis auprès de l'invité.

     

    Picardie... 2040.

    Au vu des températures un peu plus élevées qu’autrefois,

    tu as bien fait de miser sur la région Picardie, Pascal.

    Les Eaux de France la bien renommée,

    où la rosée du matin s’invite toujours dès potron-minet.

     

    Oh regarde là ! Un cerf…

    Qui nous fixe sans la moindre appréhension.

    Je viens de vivre la même scène il y a quelques minutes tout juste,

    en croisant par hasard un renard

    cette espèce autrefois considérée comme nuisible

    qui nous a tant aidés dans la bataille contre la maladie de Lyme.

     

    On ne les sent plus en danger…

     

    Cela permet de mesurer la route parcourue,

    depuis cette révolution copernicienne où nous avons reconsidéré notre rapport au vivant.

    Nous voilà désormais devenus, en conscience,

    à la fois des co-auteurs et des co-acteurs. 

    Repositionnant l’humain dans cette perspective.

     

    Si l’homme reste central par sa présence démographique - nous sommes presque 9 milliards, mais bien loin des 15 à 20 milliards annoncés il y a encore 50 ans –, nous avons enfin intégré que nous vivions dans un écosystème.
    Nous l’avions déjà compris par exemple en médecine, avec le microbiote ;

    cette grande biodiversité spécifique de micro-organismes présents en nous .

    Mais aujourd’hui, nous sommes entrés dans une véritable compréhension de ce qu’est une relation écosystémique à l’extérieur de nous et surtout à l’échelle de la planète.

     

    Il y a près de 120 ans, Teilhard de Chardin proposait cette idée d’hominisation,

    désignant ce moment où une espèce

    prend conscience de sa place dans l’histoire de la vie

    et en devient co-responsable…

     

    Nous y sommes.

    La culture de l’interdépendance est entrée dans nos humanités.

    Chaque espèce est désormais à sa juste place, nous y compris.

    Se rendant des services les unes aux autres.

    Les flux d’informations n’ont d’ailleurs jamais été aussi nombreux entre entités !

    Donnant lieu à des écosystèmes tellement plus résilients !

    Grâce à cette compréhension écosystémique,

    il n’aura finalement fallu que peu de temps aux espèces menacées

    pour réapprendre à vivre avec nous.

     

    Il faut dire que le Dialogue avec les animaux a aidé.

    Autrefois, nous avions imaginé que les Baleines se transmettaient des histoires notamment sur leurs différentes voies d’explorations à travers les océans.

    Mais en avoir la preuve… Voilà qui a tout changé.

     

    Nous qui avions pris l’habitude de construire des habitats qui nous protéger de l’extérieur,

    nous construisons désormais des habitats qui protège l’extérieur.

     

    D’ailleurs, il est émouvant d’assister à ce qui est une véritable révolution anthropologique.

    Regarde la joie de ton arrière-arrière petite fille qui court à notre rencontre.

    Vous êtes 5 générations à vivre sous le même toit !

    Cela est devenu quasi la norme.

    Et permet un fort investissement intergénérationnel

    où les interactions se font dans tous les sens,

    des seniors vers les jeunes tout autant que des plus jeunes vers les seniors.

     

    L’éducation a été la clef.

    A grands renforts de métamorphoses d’efforts et d’investissements, notamment à destination des filles, nous sommes ainsi parvenus à sortir de la logique « croissez et multipliez » qui était notre modèle depuis plus de 10 000 ans, pour aborder une étape de stabilité démographique corrélée avec les ressources de l’environnement.

    Une éducation ouverte à toutes et tous

    est désormais prodiguée tout au long des âges de la vie.

    Et tu y es pour quelque chose.

    La généralisation de la paléoanthropologie à l’école

    a favorisé ce socle de conscience

    d’une origine commune à tous,

    où les diversités culturelles, linguistiques ou d’intelligences,

    bien loin de s’affronter,

    se complètent et s’additionnent face à l’incertitude…
     

    Tu me le disais déjà, en 2020 : il n’y a pas qu’un seul chemin qui mène àl’homme.

    Ainsi, après avoir gagné en qualité de vie, nous avons désormais la possibilité de choisir l’heure de notre départ.

    L’apoptose consentie, 

    qui nous permet de regarder avec sagesse et sérénité

    la grande question de la fin de vie

    sur laquelle l’humanité avait depuis la nuit des temps beaucoup oscillé.

     

    Tu me rappelais que Darwin ne parlait pas d’évolution

    mais de descendance avec modifications. 

    Cela me fait penser à Edgar Morin qui,

    dans son premier centenaire,

    proposait de nous appeler Sapiens Demens plutôt que Sapiens Sapiens,

    Nous rappelant que, si ce n’était pas une réalité,

    de devenir Sapiens Sapiens devait être le projet.

     

    Il est heureux de voir qu’aujourd’hui, en 2040,

    nous sommes peut-être en train de nous en approcher,

    la Chambre du Temps long ayant même récemment proposé

    de nommer les contemporains de notre époque

    les Homo Biospheris,

    comme l’avait écrit Jean-Pierre Goux dans son succès planétaire "la Révolution bleue",

    pour témoigner de la bifurcation que nous avons prise

    dans la grande aventure de l’évolution.

     

     

    Podcast diffusé par les Eclaireurs de CANAL + à partir du 7 Octobre 2021.

     

     

     

     

     

     

     

    fin